ABOUT VESNA MILUNOVIĆ

Cruel fate destined the painter Vesna Milunovie to live in the time when fine arts ale in the grips of the crisis never before seen in their long history. It is the time that gives rise to serious thought about whether painting as a medium for expressing human emotions have used up all the creative potential and is “finished”. Simply, and put in common sense terms, the dilemma facing the artists who, like Milunovie, “still wish to paint”, is thus seen as summarised into two straightforward questions: wh at to paint and how to do that. Since in the art of painting, there are no more binding propositions, either in formal aspect or content-wise, every “believer” committed to this oldest kind of visual art must be exposed to the risk that they find – or fail to find – themselves in art.

Milunović is one of the very few among our painters, especially among the ones of the fairer sex, who dared to take the risk – and managed to survive as worthy and deserving members of the Guild of St Luke. Let at first say what she paints. At first glance, to a casual observer, her canvases look like advertising boards for promoting luxury fabrics. Presented at a high artistic level, her draperies flutter in the space where seemingly chance configurations have actually been composed with precision. It is only then, no longer under this first impression about her impressive composition, that the observer may perceive that their forms “conceal” the forms of the human body. Once this so-called “dressed-up void” is perceived, the true meaning of the contents of Milunovies paintings is revealed. The observer recognizes the symbolically expressed and reflectively presented the phenomenon of “disappearance of man” and losing of humanness in the ongoing process of alienation that is culminating in our times. Presented at a high artistic level, the draperies painted by Vesna Milunovie waver in an awkward flutter where outlines of an invisible human in the movement may surprisingly be perceived. It is then that the unimaginable effect of the “dressed-up void” is released as the true theme of these paintings. This seemingly simple, enchanting beauty of the painted scene hides within a serious, “difficult” theme…

The other question is how Vesna Milunovie paints. What is outstanding is her unusually sure hand, long, broad and yet light brush strokes on the white canvas. Milunovie paints with great skill, managing to preserve clarity even in the most complicated of forms. Her colors, suffused by effect of intensive hues, act like “a means of deceit”, their ostensibly cheerful glow concealing an actually gloomy and depressing content of the painting. What is impressive is the format of these compositions, not without impact on the message delivered by them.Present in our artistic milieu for decades now, Milunovie believes that the cycle of paintings exhibited here now is her final message. Be it so or not, the message has gravity and depth that will ensure that it remains ever in the now.

Đorđe Kadijević,September 2016

Pendant des années, les batiks sont la préoccupation prédominante de Vesna Milunović. En peignant sur le textile et utilisant les techniques des soi-disant « beaux arts », elle developpait son sens pour la culture artistique et sa perception de l’art. Son expérience avec la tapisserie a largement contribué à la découverte des matériaux naturels et des techniques de travail correspondantes, telles que le tissage, le tricotage, les applications. Cependant, dès le début, dans toutes ses oeuvres, on a pu sentir  son aspiration à une plasticité extraordinaire, un pressentiment du rapprochement à l’ essence de l’expression artistique. En dehors des batiks, on la voit faire d’abord les dessins, et ensuite, de plus en plus souvent (dès 1993),  les tableaux de l’esthétique classique. Vesna alors renonce à suivre les courants actuels : son champ du travail est la moderne classique, celle qui a effacé les limites entre la vie et l’art, mais qui n’a pas favorisé les formes de la réalité banale.

Les oevres actuelles de Vesna Milunović se basent sur le jeu de l’illusion du réel et de celui de la réalité de l’illusion, sur le rapport original entre l’idée et la matière et entre l’idée et la forme. Vesna pense sa peinture d’abord comme une poétesse et après – très souvent – aussi comme une philosophe. Bien sûr, cela ne signifie pas qu’elle a donné la priorité à un certain modèle théorétique ou idéologique, ce qui demanderait la rupture avec tous les aspects de la tradition, ou bien qu’elle favorise certaines ideés conceptuelles de la possibilité de la réalisation d’une oeuvre dénuée de base matérielle. Son « conceptualisme »  fait partie de l’effort de la conscience créative qui a pour le but de former une relation entre la nature de l’art et la nature du monde matériel qui donnerait au tableau une autonomie formelle et sémantique, avec un certain rapport perceptif avec les formes de la réalité matérielle. Ce dualisme lui donne la possibilité extradordinaire d’introduire l’élément du signe plastique le plus pur, libéré de tout son mimétique, en lui permettant de remplir ses oeuvres de la beauté du matériel colorié et de leur donner une autonomie totale. Elle s’approche, lentement, à l’essence même de la peinture, à sa  spécificité ontologique. Pour cette raison, dans sa peinture, la dimension sémantique, aussi bien que celle de valeur, ne dépand pas de la diversité des motifs figuratifs (iconographiques), mais des arrangements formels lucides qui rendent la composition uniquement convaincante.

La draperie, étant à peu près la seule source d’inspiration de Vesna Milunović, n’est ni figurative ni abstraite dans ses compositions délicates – elle est, tout simplement, le fait pictural au service de l’imagination de l’artiste. De même, la draperie représente le symbole de la possibilité du tableau futur. Il faut y ajouter la beauté des couleurs, la complexité du rythme coloristique et formel, et puis l’illusion de la plasticité de la surface qui, malgré les titres poétiques des tableaux, donne aux plis l’air tridimensionnel.

Nous avons déjà dit que Vesna était à la recherche du jeu de l’illusion ( c’est-a-dire de la forme sans une définition limitée), ce qui veut dire qu’un objet qui appartient au monde réel entre dans le tableau et continue d’y vivre comme une valeur artistique tout-à-fait nouvelle. De plus, la composition de ses tableaux paraît très simple, sans les significations cachées, mais elle est riche en allusions à certaines images et situations poétiques. Ce n’est qu’au premier regard que tout sur les tableaux de Vesna Milunović semble simple : le sujet, la méthode, le style, la composition. Ces éléments de la peinture classique ne font que leur donner une somptuosité de la structure formelle. Le tableau rayonne son essence en couleurs intensives et en flots des plis de la draperie qui ne sont ici que les éléments de l’abstraction pure. Elle est présente comme une  lumière dans les formes qui forment l’essence… Les draperies, composées en forme de costumes ne sont pas vides, elles n’attendent pas le corps humain, son « vide » est la présence de l’absence du  corps. Ce procédé magique de la transformation du visible en visible fonctionnel (visible en tant qu’une partie de l’ensemble structurel du tableau) est vraiment le fait poétique qui s’attribue la réalité elle-même. C’est l’image qui aspire à sortir de l’âme de l’artiste pour passer sur la toile blanche sur laquelle se découvre la dimension poétique des formes, annonçant l’autonomie du language artistique. Et au moment où l’artiste s’abandonne à ce désir de la forme innomée qui n’a jamais existé nulle part ailleurs, l’objectif vrai et le plus important que l’art se fixe vient d’être réalisé : l’imagination libérée est maintenant en jeu. Le sujet du tableau (« le modèle »), la draperie arrangée qui s’ondoie et se ploie d’une manière séduisante, se dresse et s’étend dans toutes les directions sur la toile, elle se manifeste une fois de plus comme une illusion qui ne trahit pas l’aspiration de la conscience artistique de l’air possible du tableau fini.

Il est possible de réfléchir sur le nom que nous pourrions donner à cette formule stylistique, mais aucun ne serait tout-à-fait précis. On voit une certaine élégance des jours de fête et une pureté visuelle dans ces draperies delicatement pliées, dans ces ribons d’un rouge intensif, des bleus gracieux et des pourpres illuminés, avec des accents noirs et verts. L’oeil découvre le tableau comme une sensation coloristique puissante, à la fois transparente et dynamique, monumentale en sa nature. Dans un sens, il est un fait artistique traditionnel: on n’y trouve pas de nouvelles solutions attractives, mais il y en a de vieilles, splendidement renouvelées, qui donnent au tableau sa qualité artistique qui est dinstinctive, originale et universelle. Dans ces tableaux il n’a pas de grands tumultes, ce sont les émotions qui sont profondes. On a l’impression de redécouvrir une espace magique oubliée au seuil d’une réalité nouvelle dans laquelle le tableau nous mène de la façon aussi sûre que suggestive. Ce sont des tableaux de la lumière matinale, et leur visage est modelé par la couleur de la lumière matinale. Vesna elle-même a défini cette transformation des draperies en tableaux dans une de ses poésies:

J’étais hier. Aujourd’hui je suis. Demain je serai.

Je serai un signe. Je serai l’éternité. Je serai un tableau.

Sreto Bošnjak